Le « français de scolarité » doit être enseigné dès le plus jeune âge aux élèves d’origine étrangère

La maîtrise de la langue française est indispensable pour suivre le cursus scolaire avec succès. Et pourtant, la proportion d’enfants qui ont une connaissance insuffisante de la langue de scolarité estimportante. Pour Jean Kattus, qui enseigne aux régents la didactique du « français langue étrangère », la maternelle est le lieu idéal de l’apprentissage du français.

De très nombreux enfants rencontrent des difficultés dans leur scolarité à cause de leur mauvaise connaissance du français. Cette compétence fondamentale, identifiée comme étant celle de la connaissance de la « langue de scolarité », souffre de carences dans une grande variété de situations. Il y a bien sûr les besoins des élèves qui viennent d’arriver de l’étranger ou de ceux qui vivent en Belgique depuis quelques années seulement et qui ne parlent pas français à la maison. Puis, il y a des enfants issus de milieux défavorisés, qui ont des compétences langagières très limitées. Et enfin, la proportion importante de tous ces élèves qui ont une mauvaise connaissance de leur langue maternelle.

À titre indicatif, selon Jean Kattus, Maître assistant à la Haute école HELMO et spécialiste de la didactique de la langue française, la moitié des enfants de la soixantaine d’établissements que compte la Province de Liège ne maîtrise pas bien le français. La problématique s’échelonne de l’ignorance totale de la langue, pour les enfants d’origine étrangère, à des difficultés liées à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ou encore au manque de capacité à manier l’abstraction et la nominalisation.

C’est ainsi, par exemple, que les enfants d’origine étrangère, tout comme ceux issus de milieux défavorisés, ne maîtrisent pas le participe passé. Ou encore, des termes du quotidien ne sont pas compris lorsqu’ils sont employés dans le cadre scolaire avec une acception différente. Pensons ici par exemple au terme de « règne » dans la notion de « règne animal ». À ces lacunes s’ajoutent les difficultés de prononciation, pour les enfants qui ne parlent pas français chez eux.

La didactique mise en œuvre dans l’apprentissage de la langue de la scolarité est fortement centrée sur la compréhension. «Il est indispensable de donner la parole aux élèves, pour qu’ils puissent exprimer leur compréhension ou non de ce qui a été abordé en classe, et que l’enseignant puisse réagir de manière appropriée », explique Jean Kattus, relevant que, « bien souvent, les professeurs ont l’illusion d’avoir été compris ».

Mais surtout, Jean Kattus souligne à quel point il est important de commencer l’apprentissage de la langue de scolarité dès le maternel. « Les enfants doivent être plongés le plus tôt possible dans un bain linguistique, communiquer avec les enseignants et les autres enfants », selon Jean Kattus. L’enseignement maternel est d’ailleurs bien mieux armé que le secondaire pour apprendre le français aux plus jeunes, insiste Kattus. Les enfants y sont suivis toute la journée par le même enseignant. Ils y bénéficient de temps d’apprentissage collectif mais aussi individuel. Autant de possibilités d’apprendre la langue qui sont nettement plus complexes à mettre en œuvre en secondaire, dans le contexte de cours et de professeurs qui changent plusieurs fois par jour.