Le Pacte à la rencontre des enseignants

Au cours du mois d’aout 2015, quatre rencontres avec des personnels de l’enseignement des écoles maternelles, primaires, fondamentales, secondaires, ordinaires ou spécialisées ont été organisées à Bruxelles et en Wallonie afin de présenter le processus et la méthode du Pacte.

L’objectif était d’associer les personnels de l’enseignement aux travaux et de recueillir leurs premières suggestions à travers des échanges en groupes plus restreints. Ces rencontres ont eu lieu le lundi 24 aout à Bruxelles, à l’Athénée Royal Uccle II,  le mardi 25 aout à Charleroi, à l’Athénée Royal Jourdan, le mercredi 26 aout à Namur, à l’Institut Technique Félicien Rops, le jeudi 27 aout à Liège, à l’Athénée Royal Charles Rogier,

Ces journées, qui ont été organisées en collaboration avec l’IFC, ont rassemblé un total de 350 participants.

> Consultez l’intégralité de la Synthèse des ateliers IFC

 

La synthèse des avis et des suggestions

A propos du Pacte en général

Le processus suscite de l’intérêt (sentiment qu’il est urgent de réformer l’école), de la gratitude (satisfaction d’être consultés) et des espoirs (on apprécie l’ambition du Pacte face aux nombreux défis qui se posent), mais aussi des questions, voire des doutes, sur ses enjeux (l’excellence, qu’est-ce à dire au juste ?), sur son « timing » (n’est-il pas trop serré ?), sur son adaptation aux spécificités des écoles (notamment en fonction des régions), sur la possibilité de mobiliser réellement tous les acteurs autour d’un nouveau projet, sur l’effectivité de la participation (les différents avis seront-ils réellement pris en compte ?) et sur les actes qui suivront (seront-ils à la mesure des enjeux ?).
Plusieurs acteurs de l’enseignement souhaitent que le Pacte s’inscrive dans la continuité du Décret Missions, qui garde sa pertinence mais n’a pas encore produit tous ses effets.
Beaucoup insistent aussi sur l’importance des liens entre les quatre axes du Pacte : aucun n’est indépendant des trois autres.
D’aucuns soulignent qu’il ne faut pas nécessairement plus de moyens, mais que leur répartition doit être mieux pensée. Plusieurs souhaitent cependant une revalorisation salariale de certaines catégories d’enseignants, en particulier ceux du primaire.
Plus fondamentalement, c’est une revalorisation et une reconnaissance de tous les acteurs, à tous les niveaux, qui est largement demandée.

A propos des savoirs et compétences

De nombreux membres des équipes éducatives s’accordent pour souligner l’importance :

  • de (re)valoriser les savoirs et la culture par rapport aux compétences et aux savoir-faire
  • de (re)donner du sens aux apprentissages, notamment en favorisant chez les élèves la connaissance de soi et le développement de projets personnels
  • de revoir les socles de compétences et de développer dès l’enseignement fondamental un tronc commun polytechnique, qui soit en prise avec les différents profils et capacités des élèves et leur permette de développer un projet personnel
  • de revaloriser les formations et les métiers techniques et manuels, et d’ainsi redorer l’image de l’enseignement qualifiant
  • de développer des outils d’évaluation plus accessibles, ainsi que des outils pour la remédiation de développer davantage l’évaluation formative, moins axée sur les points et sur les bulletins que sur le retour constructif donné à l’élève : souhait d’en finir avec la culture de l’échec et de la relégation précoce, qui empêche une réelle orientation
  • d’améliorer la cohérence entre les évaluations externes et les référentiels et programmes : ce que ces épreuves évaluent ne correspond pas assez à ce qui a été appris, et leur niveau d’exigence est jugé tantôt trop bas tantôt trop élevé
  • d’assouplir et de simplifier les contenus des programmes, de confier leur rédaction à des acteurs plus en prise avec les réalités du terrain
  • de rédiger des programmes de plus en plus communs entre les différents réseau
  • de donner une place plus importante à l’enseignement du français en tant que langue de scolarisation, dès la maternelle, en particulier pour les nombreux élèves issus de l’immigration qui ne le parlent pas à la maison
  • de renforcer l’enseignement des langues en immersion, notamment à Bruxelles, en assurant mieux son financement et son encadrement pédagogique
  • de mettre fin au saucissonnage des matières et de développer davantage l’interdisciplinarité, en dotant cet objectif d’un référentiel spécifique et en y impliquant fortement les directeurs afin de pouvoir organiser les attributions et les horaires en conséquence
  • de renforcer le continuum pédagogique entre les différents cycles et degrés d’enseignement tout en tenant compte du projet de vie du jeune
  • de mieux équiper les écoles en outils informatiques et de former davantage les enseignants à leur usage, en veillant à ce qu’il y ait dans chaque école une personne référente pour le numérique
  • de clarifier le contenu de la formation à la citoyenneté et sa place exacte dans les programmes des différentes disciplines

Les avis divergent sur l’allongement du tronc commun : si les uns le jugent nécessaire, d’autres craignent que cela ne démotive les élèves qui se sentent une vocation technique.

A propos des acteurs de l'enseignement

 Il est jugé essentiel par beaucoup de membres des équipes éducatives :

  • de mieux valoriser le métier d’enseignant, afin de les rendre plus attractifs
  • de (re) donner une entière confiance aux enseignants, de leur laisser suffisamment d’autonomie et de pouvoir d’initiative, de (re) préciser leur statut et leur rôle
  • d’améliorer la formation initiale en donnant davantage de place aux stages, à la rencontre de différents publics, à la gestion de la classe, aux nouvelles technologies, aux compétences relationnelles, à la réflexivité et aux pratiques innovantes, mais aussi à la différenciation et aux troubles de l’apprentissage
  • de mobiliser des formateurs qui connaissent suffisamment le terrain
  • d’articuler la fin de la formation initiale avec l’entrée dans la carrière
  • de favoriser davantage l’accueil et l’accompagnement des nouveaux enseignants
  • de stabiliser et de motiver davantage les équipes pédagogiques, en limitant au maximum les emplois précaires
  • d’augmenter et d’améliorer la formation continuée en la liant à une revalorisation financière, en l’articulant davantage à la formation initiale, en organisant davantage les formations longitudinales et le suivi des enseignants au sein des écoles et en facilitant le remplacement des enseignants partis en formation
  • de proposer des formations continuées sur les nouveaux besoins comme l’enseigne-ment en immersion, le rôle de tuteur, les fonctions de cadres intermédiaires
  • d’améliorer l’évaluation des enseignants en évitant de l’assimiler à un jugement et en la confiant à des personnes crédibles
  • de prévoir dans l’horaire des enseignants des temps de réflexion, de coordination, – d’élaboration de projets ; certains proposent à ce sujet que les enseignants prestent 36 heures par semaines dans l’école, mais en disposant alors de locaux et de matériel didactique et numérique
  • de soutenir les projets pédagogiques en cours et d’étendre les dispositifs du type « Décolâge » en permettant à davantage d’enseignants d’y participer
  • de diffuser davantage les « bonnes pratiques » pédagogiques et les outils pertinents par un meilleur partage collaboratif (notamment à propos de l’orientation et de la différenciation)
  • d’augmenter les possibilités d’évolutions vers d’autres fonctions et d’autres horizons au sein de la carrière des enseignants
  • de mieux former les directeurs à la diversité de leurs missions et de les soutenir sur le plan administratif pour leur permettre de piloter davantage des projets pédagogiques et de jouer ainsi leur rôle de locomotive au sein de leur école
  • de renforcer le nombre et le rôle des éducateurs, y compris dans l’enseignement fondamental, en veillant à ce que chaque école dispose d’une aide structurelle pour les élèves en difficulté
  • de favoriser les projets collectifs qui impliquent tous les acteurs de l’établissement
  • d’intégrer au sein de l’école les écoles de devoir, les logopèdes et les autres soutiens de l’élève, mais aussi de donner plus de visibilité et de moyens humains aux CPMS pour qu’ils puissent mieux suivre les parcours des élèves, travailler davantage en réseau, mieux collaborer avec les familles
  • de permettre aux élèves de donner leur feedback sur l’enseignement qu’ils ont reçu
  • de revoir les rythmes scolaires en tenant compte des rythmes biologiques de la journée et en alternant plus régulièrement les périodes de cours et de congé
  • de donner plus de place dans les écoles à la culture, à la créativité, à l’art
  • de préciser et d’améliorer le rôle des parents, leur implication dans les relations avec l’école – dès la maternelle – pour qu’ils deviennent de réels partenaires. Ceci concerne particulièrement les parents qui ne maitrisent pas la lecture et l’écriture et/ou n’osent pas entrer dans l’école de leurs enfants, mais aussi, à l’inverse, ceux qui se montrent trop envahissants et se comportent comme des clients exigeants.
A propos de la gouvernance des écoles

Même s’ils s’expriment moins sur cette thématique, quelques enseignants plaident :

  • pour une meilleure répartition des moyens entre les écoles : souhait d’arrêter le saupoudrage et de revoir certaines normes d’encadrement – en maternelle notamment : il faudrait financer les écoles sur d’autres bases que seulement celle du nombre d’élèves régulièrement inscrits
  • pour une simplification administrative de notre système éducatif, notamment par un recours plus important au numérique
  • pour davantage d’échanges et de collaborations inter-réseaux à tous les niveaux : beaucoup souhaitent le décloisonnement, voire la suppression des réseaux 
  • pour une meilleure participation des acteurs de l’école aux décisions qui les concernent
  • pour une meilleure communication et une meilleure information, plus claire, plus directe, plus régulière entre les responsables et les acteurs de l’enseignement.

D’autres échanges ont eu lieu dans le cadre des Rencontres du Pacte